Une longue allée bordée de platanes. Au bout, les traits d’une porte ajourée et d’une fenêtre mansardée se dessinent à peine, un modeste pavillon sans étage apparaît. Voici discrètement La Pelouse, également baptisée " maison de Pierre Benoit ", où le célèbre romancier de l’entre-deux-guerres, un des plus gros tirages de son temps, séjourna irrégulièrement.
Il en fit cependant un lieu d’inspiration et y planta le décor d’un de ses plus fameux romans, Mademoiselle de la Ferté. Depuis, en hommage, la maison de Saint-Paul-lès-Dax se nomme ainsi La Pelouse. Propriété de sa mère, elle eut pour dernière résidente attitrée la sœur cadette de l’écrivain, Renée, qui y vécut jusqu’à la fin de sa vie. En 1992, le Groupe Gascogne a acheté la bâtisse et le parc environnant, où il construisit son siège social. De son côté, la maison a été intelligemment restaurée et, telle une lampe magique que l’on caresse secrètement, elle laisse échapper le génie des lieux. Aujourd’hui, grâce à l’élégance de cette exhumation réussie, on s’installe dans l’univers du prolifique écrivain (43 romans en 43 ans) qui fit rêver des générations de lecteurs, attirés par ses évocations sensuelles d’un " exotisme " volontiers suranné. On plonge sans retenue en ces temps pas si lointains où la littérature virile des Loti, Benoit ou Morand damait encore le pion aux intériorisations tourmentées des Gide, Claudel ou Valéry. Alors, les premiers se lisaient dans les revues à la mode quand les autres peinaient souvent pour écouler certaines de leurs plaquettes. Une époque de l’esbroufe intime, moins contemplative que pressée - dont la synthèse aboutie serait Jean Cocteau - et qui trébucha, pour finalement ne jamais s’en relever, avec la Seconde Guerre mondiale (accusé de collaboration avec l’ennemi, Benoit, notamment, fut incarcéré trois mois et interdit de publication durant deux ans).
En ce temps-là, une élection à l’Académie française faisait figure d’événement national et les discours des immortels avaient droit de cité dans la presse grand public. En ce temps-là, Pierre Benoit (élu en 1931 au fauteuil de Georges Porto-Riche) était une vedette, il parcourait le monde, séduisait les femmes, écrivait des romans avec le même appétit qu’il goûtait aux plaisirs de l’existence. Ses livres, méticuleusement bâtis, avaient le goût épicé de l’ailleurs, mais un ailleurs aussi bien en nous que hors de nous, également mâtiné du réel le plus détaillé.
Ce frisson, ainsi délicatement exprimé, plaisait, il emportait l’adhésion de lecteurs avides d’embarquements que le romanesque exaspéré rendait apparemment sans retour. Mais, au-delà même des artifices envoûtants, à la manière des charmes de L’Atlantide, au bout du monde comme au plus près de ses origines, Benoit emportait avec lui sa caverne (ou sa cabine de bateau), comme Roussel sa caravane, un endroit clos pour écrire et qui protège.
Pour l’auteur de L’Île Verte ou des Amours mortes, le Sud-Ouest favorisa quelques unes de ces alcôves réparatrices.
La Pelouse, plus qu’ailleurs peut-être (en raison des liens familiaux et terriens qui s’y expriment), embaume du souvenir d’un homme éternellement enfui, sauf en quelques haltes. Il n’est nul besoin d’avoir lu Pierre Benoit, moins encore de l’aimer ni d’en cautionner la trajectoire, littéraire et surtout politique, pour être touché par cette réalité ancienne dont témoigne son histoire.
La réussite de l’aménagement domestique intérieur et la douceur bucolique du paysage qui l’enserre sont des documents infiniment sensibles où le visiteur contemporain, à son tour, projettera des destinations enchantées.
Xavier Rosan
Renseignements :
La Pelouse, maison de Pierre Benoit, 650, avenue Pierre-Benoit - 40990 Saint-Paul-lès-Dax
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