Guillaume Trouillard embarquement BD
(mis en ligne le 9 juillet 2008)
Fondateur des éditions de la Cerise,
Guillaume Trouillard a reçu fin
janvier le prix BD des lecteurs de
Libération pour Colibri. Un album
haut en couleur, bien que franchement
sombre, inspiré d’un de
ses voyages. Dans son minuscule
atelier de la rue de la Rousselle,
quelques marches au-dessus d’un
futur espace d’exposition, il a
joué le jeu d’un entretien éclair.
S.G. Dans le numéro 2 de Clafoutis, la
revue que vous avez créée en 2004
sous l’enseigne de la Cerise, on
découvrait quelques extraits de votre
carnet de voyage en Chine. Une vision
bien éloignée de celle qu’on découvre
dans Colibri…
G.T. Pour
Clafoutis, j’avais volontairement
sélectionné de chouettes dessins, pas trop
choquants alors que j’en gardais plein qui
montrent des décharges publiques ou d’autres
choses de ce genre. Mais ces pages donnent
malgré tout à voir ce que je recherche
dans le voyage : une occasion de me faire la
main à partir de nouveaux visages, de nouvelles
architectures, de nouveaux paysages…
Depuis la parution en revue, ma
conscience politique s’est affermie, à la
suite de ce voyage qui a cristallisé une
vision que je m’étais faite de ce pays en
totale transformation, mais aussi grâce à
d’autres projets, à des lectures. C’est assez
logiquement, trois ans plus tard, qu’est
apparue l’idée de réunir dans cet album ma
pensée politique, militante, et ma démarche
artistique, faite d’humour, de baroque et
d’onirisme.
S.G. Un album à l’opposé de la carte
postale pour touriste…
G.T. Dessiner en voyage permet de prendre
son temps, de passer deux heures là où habituellement
on survole les choses, de rencontrer
des gens que le fait de dessiner rend
curieux. J’avais besoin d’aller sur place pour
acquérir la confiance sans laquelle je n’aurais
jamais osé publier ces choses que je
pressentais. D’autant que je sais que la réalité
est pire que ce qu’on voit dans
Colibri !
Quatre ans après mon premier voyage, j’aimerais
pourtant y retourner parce que c’est
important selon moi de bien comprendre ce
« truc » (la Chine) qui émerge de manière
aussi aberrante et évidente. Si on ne le fait
pas, on risque tout simplement de devenir
raciste en s’arrêtant à certains comportements
qui semblent absurdes ou ridicules.
J’ai besoin pour ma part de faire ce pas de
côté.
S.G. Un pas de côté pour soi-même,
mais aussi, j’imagine, en tant que
dessinateur ?
G.T. Bien sûr, ça n’aurait pas produit la
même chose si j’étais allé au Pérou, qui ne
possède pas une telle tradition graphique et
picturale. En Chine, j’ai déniché peu de chose
intéressantes en BD mais des merveilles en
peinture, qui ressemble d’ailleurs plutôt à
l’idée qu’on se fait du dessin. En quelques
traits… c’est hallucinant ! Ce serait un rêve
d’en publier un jour à la Cerise, où nous partageons,
à notre manière, l’amour du dessin
que j’ai retrouvé chez ces peintres chinois.
Propos recueillis par Sébastien Gazeau