Antonio Buero Vallejo, qui a donné son nom à la bibliothèque de l’Institut
Cervantes de Bordeaux, n’est pas l’auteur espagnol le plus connu en
France. Pourtant, il est sans aucun doute le dramaturge le plus important
de la seconde moitié du XXe siècle dans son pays qui le vit naître à
Guadalajara en 1916 et mourir à Madrid en 2000.
Deux, seulement, de ses pièces sont à ce jour traduites en français : Écrit sur le sable par L’Avant-Scène
(1958) et La Fondation, traduit et annoté par France Chabod aux éditions de L’Amandier en 2005.
Devenu membre de la Real Academia Española en 1971, il a obtenu le plus grand prix littéraire espagnol,
le prix Cervantes, en 1986, décerné pour la première fois à un dramaturge. Il passa six ans dans les prisons
franquistes – il fut même condamné à mort et son père fut fusillé – et il souffrit de la censure durant toute
la dictature.
Karine Lopez s’occupe de la bibliothèque depuis 1981. Depuis des années, elle règne sur un ordre secret
de livres et brochures qui n’a pas toujours eu l’écrin qu’il méritait.
La nouvelle bibliothèque, ouverte depuis le mois de juin 2001, est située au premier étage de l’immeuble
du XVIII
e siècle, dans lequel vécut et mourut le grand peintre espagnol Francisco de Goya. On peut encore
voir son appartement au tout dernier étage, avec vue imprenable sur l’enfilade de la rue Vital-Carles et
la cathédrale Saint-André.
Elle dispose d´un fonds de 12000 volumes, composé de livres, disques, vidéos, cassettes et CD-roms,
spécialisés dans les langues d´Espagne.
Mais avant l’Institut Cervantes il y eut le centre culturel Casa de Goya, au même endroit. C’est là que
toute l’histoire de ce remarquable fonds de livres débute. Karine Lopez est sollicitée pour créer une
bibliothèque fondamentale de 1000 livres. Elle s’attelle avec sérieux et curiosité à la tâche et réussit à
réunir les livres indispensables à une connaissance de la langue et de la littérature espagnole.
« Le fonds s’est développé avec les usagers, souligne Karine Lopez. Nous nous sommes adaptés aux
demandes des lecteurs. Le public évolue, le fonds suit. Il y a, par exemple, plus de livres de langue que
de critique littéraire, au départ c’était plutôt l’inverse. »
Il est vrai qu’à l’ouverture historique du lieu, aucun cours de langue n’est dispensé. Aujourd’hui, cette
activité de l’Institut est très développée et les élèves représentent 40% des inscrits à la bibliothèque ; ils
sont évidemment demandeurs de grammaires, méthodes de langue, adaptations littéraires destinées à
l’apprentissage de la langue. On ne trouve à Bordeaux un tel fonds nulle part ailleurs et il intéresse bien
des professeurs d’espagnol.
D’ailleurs avec l’université des colloques sont organisés, certains se déroulent à l’Institut et Karine Lopez
fait toujours une bibliographie de chacun des auteurs invités. Une collection a été ainsi développée sur le
corps dans la poésie espagnole avec Bordeaux 3 et ces achats spécifiques grossissent les rayons de la
bibliothèque et font le bonheur des étudiants.
Les usagers sont très connaisseurs et exigeants : « Il faut essayer de n’oublier personne lors des acquisitions.
Gérer à la fois une bibliothèque de très haut niveau et un fonds grand public, ce n’est pas toujours
facile, mais c’est passionnant. »
Le budget d’achat n’est pas très élevé. 7 000 € annuels pour tous les achats confondus, ce n’est pas énorme.
Mais Karine Lopez fait avec et achète le nécessaire et l’essentiel. Les DVD – beaucoup sont sous-titrés
en anglais, très peu en français et il y a un gros fonds documentaires – et les CD viennent d’Espagne.
L’essentiel des livres est en espagnol – avec une part du fonds en gallicien, basque et catalan (c’est ce
dernier qui sort le plus sans doute parce qu’il y a beaucoup de Catalans qui vivent dans la capitale de
l’Aquitaine) –, les lecteurs veulent lire la version originale et c’est tant mieux. Mais, quelle que soit la
langue d’origine des auteurs espagnols, Karine Lopez se fait un point d’honneur d’avoir tous les livres
en castillan afin de diffuser les œuvres le plus largement possible. Ce travail de médiation passe aussi par
la constitution de bibliographies qu’elle met en ligne sur le site Internet de l’Institut.
Une tertulia a été mise en place. Chaque mois des lecteurs viennent bavarder, échanger, sur un livre, un
écrivain… « En janvier 2008 nous allons commencer l’année avec le dernier livre de Mario Vargas Llosa,
Travesuras de la niña mala. »
« J’aimerais faire venir des écrivains de tous horizons, des auteurs jeunesse, organiser des expositions,
par exemple sur la bande dessinée espagnole dont beaucoup d’auteurs sont plus connus en France qu’en
Espagne. » C’est que la bibliothèque est un vrai point d’ancrage dans l’Institut. Il y a du monde en permanence.
C’est une vitrine, un point de ralliement. C’est pourquoi Karin Lopez souhaite que les enseignants
profitent plus encore de son fonds, que les autres bibliothèques travaillent de concert avec elle afin
de développer à Bordeaux un gros fonds de littérature espagnole – mettre en réseau les fonds serait un
bon début.
Elle aimerait également développer le fonds d’art contemporain, conseiller, aider au développement, à la
connaissance, de tout ce qui fait la spécificité de ce pays qu’elle aime.
La bibliothèque est passée en vingt ans, grâce à elle et aux financements de l’État espagnol, de 1 000 à
12 000 volumes, ce n’est pas si mal.
Le lieu est accueillant, bien situé, clair et gai, propice à la lecture et à la réflexion et c’est toujours un
plaisir d’entrer dans la maison de Goya et Cervantes réunis pour la bonne cause.
Claude Chambard
Accès libre à la salle de lecture.
Carte de lecteur : 15 €, 10 € pour les étudiants, gratuite pour les élèves de l’Institut et les moins de 14 ans.
Ouverture au public :
- du lundi au jeudi : de 10h30 à 18h30
- le vendredi : de 10h30 à 13h00
57, cours de l’Intendance – 30000 Bordeaux
Tél. : 05 57 14 26 14
Site :
http://burdeos.cervantes.es/fr/bibliotheque_espagnol/bibliotheque_francais.htm